Le budget 2025 sacrifie les auto-entrepreneurs au lieu de trancher dans la dépense publique

Écrit par Alexis Constant

Parmi les hausses d'impôts prévues en 2025, les mesures concernant la micro-entreprise vont plonger de nombreux auto-entrepreneurs dans une nébuleuse comptable que ce statut avait pour but de contourner.

Vous prendrez bien une nouvelle tranche de complexité fiscale ?

Créé par la loi de modernisation de l'économie de 2008, le régime du micro-entrepreneur avait pour objectif de permettre à des particuliers de créer une entreprise avec le moins de formalités possible.

Il a fait florès puisqu'on recensait 2,7 millions de micro-entreprises (actives) à la fin 2023 selon le réseau des Urssaf.

Ce système prévoyait une exonération de TVA en deçà d'un chiffre d'affaires de 85 000 euros pour les activités commerciales et artisanales et de 37 500 euros pour les prestations de services et professions libérales.

Le budget 2025 change la donne initiale : à partir du 1er mars prochain, le seuil d'exemption de TVA (20 %) sera abaissé à 25 000 euros, quel que soit le secteur d'activité.

Selon Grégoire Leclercq, président de la Fédération nationale des auto-entrepreneurs (FNAE), près de 250 000 micro-entrepreneurs seront concernés par cette disposition.

En pratique, pour tenir le coup, les nouveaux assujettis n'auront d'autre choix que de relever leurs prix de 20 % afin de les aligner sur le taux de TVA, mais au risque de perdre des clients, de rogner sur leurs marges... ou de travailler au noir.

« On va juste encourager le travail non déclaré au bout du compte », prévient Pierre André, directeur général de Wecasa, une entreprise qui met en relation entrepreneurs et particuliers.

Certaines micro-entreprises seront tentées de sous-déclarer leur chiffre d'affaires pour rester sous le seuil des 25 000 euros annuels, ou encore de mettre la clé sous la porte pour éviter d'entrer dans un cycle comptable à la complexité rébarbative.

Une mesure très contestée

Ce tour de vis ne fait pas l'unanimité, y compris dans la majorité. « L'abaissement du seuil d'assujettissement des auto-entrepreneurs à la TVA n'est ni une bonne nouvelle ni une bonne idée. L'esprit entrepreneurial mérite mieux qu'une taxe », a réagi le député macroniste Mathieu Lefèvre sur X.

« Cette mesure va fragiliser de nombreux auto-entrepreneurs. Je sais de quoi je parle puisque je l'ai été », a estimé le sénateur PS Simon Uzenat, bien que son groupe ait voté le budget.

Pour sa part, LFI a dénoncé un « énorme scandale » par la voix d'Éric Coquerel, président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale.

Le tour de vis sur le statut de la micro-entreprise n'est pas la seule mauvaise nouvelle d'une loi de finances 2025 marquée par trop de hausses d'impôts et pas assez de réduction de la dépense publique.

Parmi les augmentations les plus significatives, on peut citer la surtaxe exceptionnelle des grandes entreprises qui pénalisera le « made in France » tout en encourageant les délocalisations, une taxe sur les rachats d'actions, un alourdissement de la taxe sur les transactions financières, le maintien de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), etc.

Les ménages sont aussi mis à l'épreuve fiscalement via une surtaxe exceptionnelle des hauts revenus qui concernera 24 000 foyers fiscaux, et l'augmentation de la taxe sur les billets d'avion, etc.

Publié le jeudi, 06 février 2025

3 Commentaires

  • Lien vers le commentaire jamas samedi, 01 mars 2025 Posté par jamas

    Merci de votre réponse, monsieur Léon.
    Bien sûr d'accord avec vous sur la priorité à accorder à la réduction des dépenses publiques. Redescendre à moins de 50% de dépenses publiques sur PIB devrait être un principe directeur (50% minimum réservé aux dépenses privées, en pays libéral, franchement, ça devrait être un mantra). Et il y a foultitude de pistes possibles, vous le savez mieux que moi.
    Mais quand on a 50, 100, et même en cas extrême 150 milliards €. de dettes publiques supplémentaires d'année en année, tout est bon à prendre, tant en matière de réduction de dépenses au dessus de nos moyens, qu'en matière de dégrèvements sur prélèvements obligatoires également au dessus de nos moyens.
    Le maître mot, c'est la répartition juste de tout ça comme pourrait dire S. Royal (à qui je ne me réfère pas souvent).
    On va avoir maintenant l'effort de défense européenne à supporter, soit encore 1 à 2 points de PIB en sus (30 ? 40 milliards €. ? annuels de dépenses publiques). Et ça va se tendre encore plus.
    Donc, plus que jamais, les petits ruisseaux feront les grandes rivières.
    Mon âge : 69 ans !

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  • Lien vers le commentaire Jean-Baptiste Leon jeudi, 27 février 2025 Posté par Jean-Baptiste Leon

    @ JAMAS

    Merci beaucoup de participer au débat.
    Nous sommes d’accord avec vous pour affirmer que tous les citoyens doivent participer à l’effort de réduction de nos déficits. Cela dit, la remise en cause de la déduction forfaitaire de 10 % ne nous semble pas revêtir toute l’opportunité souhaitée. En effet, si celle-ci n’est pas justifiée par des frais professionnels, elle est déjà fortement plafonnée puisque limitée à 4 399 € par foyer, alors que la déduction pour frais des salariés peut atteindre 14 426 € par salarié, soit jusqu’à 7 fois plus.
    Elle ne concerne de surcroît pas seulement les retraités mais aussi les personnes invalides qui font malheureusement souvent face à des dépenses supplémentaires.
    Enfin, ce type de déduction tire en réalité son origine dans le besoin d’atténuer des taux d’imposition très vite élevés. Il ne faut pas oublier qu’un retraité veuf ou célibataire connaît un taux d’imposition de 30 % dès 30 000 € de revenus, ce qui est tout de même un taux élevé pour une personne aux revenus somme toute raisonnables.
    Nous continuons aussi de penser que toute acceptation d’une mesure fiscale accroissant encore nos prélèvements obligatoires ne pourrait être qu’un mauvais signe envoyé à nous gouvernants toujours prompts à créer de nouvelles dépenses. Nous avons bien conscience qu’il est urgent de réduire notre dette mais lorsque les contribuables font face à un excès d’impôt consécutif à un excès de dépense, il nous semble préférable de s’attaquer d’abord à la dépense.
    La discussion reste ouverte…

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  • Lien vers le commentaire jamas vendredi, 21 février 2025 Posté par jamas

    je repose la question à C.A. au sujet de la réduction des dettes publiques, à l'heure où l'indexation des retraites sur l'inflation fait débat :
    Est il est judicieux et pertinent de maintenir l'abattement de 10 % pour frais professionnels (!!) sur les pensions de retraites perçues qui apparait encore, sauf erreur, sur la déclaration IRPP ?
    On a des dettes, et des dettes, et des dettes.
    Partageons l'effort, non ... !
    Je suis dans l'erreur en disant cela ?

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